Invasion 44, de Hans Speidel
Par plagesdu6juin1944 | Le 04/09/2011 | Commentaires (2)
Voici un nouveau livre qui arrive dans notre bibliographie : Invasion 44, du général allemand Hans Speidel.
photo : archives fédérales allemandes
Cet officier voit le jour en 1897 et combat comme second lieutenant pendant la grande guerre. A l’issue du traité de Versailles, il poursuit sa carrière militaire et atteint le grade de lieutenant-colonel à l’aube du second conflit mondial. Il participe à la campagne de France puis part ensuite sur le front russe en 1942. Promu général de division en 1944, il revient sur le front ouest aux côtés du commandant du groupe d’armées B et inspecteur général du mur de l’Atlantique, le maréchal Rommel. Alors chef d’état-major du groupe d’armées, il assiste au débarquement allié en Normandie puis au lent décrochage des troupes allemandes basées sur le littoral. Le 17 juillet 1944, Rommel est grièvement blessé par une attaque aérienne sur sa voiture dépourvue d’escorte. Le Maréchal Von Kluge le remplace alors qu’Hitler échappe miraculeusement à la mort dans un attentat le 20 juillet. Soupçonné d’être un des instigateurs du complot, Speidel est arrêté le 7 septembre par la Gestapo. Sous les verrous et torturé pendant 7 mois, le général tient bon et ne compromet personne. Echappant à son exécution, il est finalement libéré par les forces françaises le 29 avril 1945.
Après la capitulation de son pays il est professeur d’histoire à Tübingen. En 1950, il publie sa vision du débarquement allié sur le continent et son jugement du déclin du Reich dans son livre Invasion 44. En 1957, il entre dans l’Histoire en étant le premier général allemand à prendre en charge un commandement de l’OTAN, et ce en pleine guerre froide. Supervisant les forces terrestres pour le centre de l’Europe, il assume cette haute responsabilité jusqu’en 1963. Il s’éteint à l’âge de 87 ans, à Bad Honnef, en 1984.
Dans ses mémoires, Speidel essaye d’avoir le recul pour expliquer les causes et conséquences de la défaite allemande en Normandie. Il commence sa critique en pointant du doigt les lacunes du commandement. Hitler centralise tous les pouvoirs, aucun officier supérieur ne possède la latitude nécessaire pour exercer correctement son commandement. Rommel ne peut utiliser conjointement les 3 armes à sa disposition pour la défense du territoire français en cas d’attaque ennemie. En effet, l’armée de terre, la marine et l’aviation s’avèrent être des unités compartimentées, ou chaque décision stratégique doit être avalisée par Hitler lui-même. Speidel se plaint également que les généraux de métier soient progressivement remplacés par des officiers supérieurs totalement dévoués au chancelier et dénués de tous sens tactique. Nommés davantage pour surveiller la fidélité de la troupe au parti nazi et non pour consolider le front, ces politiques seront un poids mort dans la bataille de Normandie.
De plus le mur de l’atlantique n’est pas l’obstacle infranchissable vanté par la propagande de Goebbels. Rommel et le maréchal Von Manstein, le commandant du front ouest, s’en sont largement aperçus. Speidel revient également sur l’attentat manqué du 20 juillet, de ses préparatifs jusqu’à son exécution qui verra Hitler en sortir vivant. Bien sûr il aborde largement les prémices du D-Day, puis l’offensive des alliés sur la côte normande le 6 juin 1944. Face à la supériorité matérielle, la suprématie aérienne et navale des troupes d’Eisenhower, et malgré tout leur courage, les soldats allemands ne pouvaient efficacement s’opposer à l’avancée des libérateurs dans l’hexagone.
Mais ce qui ressort le plus de ce livre, c’est une véritable ode à Rommel écrite par son subordonné. Les 190 pages sont toutes dédiées au visionnaire qu’était d’après Speidel le renard du désert. Un officier capable, admiré par ses hommes et ses ennemis. Un homme qui ne comptait pas ses heures, un patriote inquiet du sort du peuple allemand. Rommel avait maintes fois averti le dictateur sur son devoir de mettre fin à la guerre. D’après l’auteur, les américains auraient en mai 1944 tenté une prise de contact avec le maréchal dans un espoir de paix, mais sans succès. Les instigateurs du putsch ont aussi souhaité l’enrôler pendant les préparatifs de l’attentat du 20 juillet, cependant Rommel tergiversa, ne souhaitant pas l’assassinat d’Hitler mais son jugement par un tribunal compétent.
A l’inverse, Hitler est vilipendé du début à la fin de l’ouvrage. Pour l’auteur, c’était un homme paranoïaque et dépourvu de toute hauteur face aux évènements se jouant en Normandie. Un chef de guerre fatigué qui ne s’était jamais déplacé sur le front pendant la bataille et donnait ses ordres erronés à des centaines de kilomètres des premières lignes. Là ou les troupes allemandes auraient dû évacuer le sud de la France, se replier sur la Loire et la Seine pour contenir l’avancée alliée, Hitler prônait de tenir la ligne jusqu’à la mort, malgré les protestations de Rommel. Remplacé fin juillet par Von Kluge, ce dernier fera le même constat et se trouvera rapidement dépassé. Soupçonné comme Rommel par le commandement suprême d’être un conspirateur, il fut convoqué à Berlin pour s’expliquer. Le führer ne verra jamais le maréchal Von Kluge, qui se suicida le 18 août 1944. Le maréchal Model, glorieux vétéran des campagnes à l’est, prend à son tour le commandement du front ouest. Malgré sa volonté, il ne pourra s’opposer à la chute de l’armée allemande.
Le livre se termine sur une nouvelle surenchère à la gloire de Rommel, assassiné le 14 octobre 1944 sur ordre d’un Hitler méfiant, et qui eut le cynisme de lui offrir ensuite des funérailles grandioses. Dans la défaite, Speidel reconnait la supériorité technique des alliés, qui, face à l’inertie du commandement Berlinois, surent tirer avantage de la coordination de leur infanterie, de l’aviation et de leurs forces navales. Mais si le peuple allemand est tombé en déchéance, c’est selon lui la faute d’un seul homme : Hitler. Un grand orateur certes, mais un piètre stratège, fourbe et affaibli par la maladie de Parkinson. Un irresponsable qui eut la peau du héros du peuple opprimé, son supérieur, le maréchal Rommel. Plus que le récit du débarquement en Normandie, Invasion 44 fait le procès du dictateur et l’oppose au charisme posthume du chef de l’AfrikaKorps.
Titre : Invasion 44, du général Hans Speidel, aux éditions J'ai lu, 190 pages
Commentaires (2)

- 1. | 30/06/2016
- | 30/06/2016
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